SANTÉ /LUTTE CONTRE LE PALUDISME : Pourquoi la prévention peine encore à sauver des vies ?
Malgré les campagnes de sensibilisation répétées, les distributions de moustiquaires imprégnées, les journées de mobilisation communautaire et les appels constants des professionnels de la santé, le paludisme demeure l’une des principales causes de maladie et de décès dans plusieurs pays africains. Cette réalité interroge l’efficacité des stratégies de prévention mises en œuvre et révèle les nombreux défis qui persistent sur le terrain.
Le premier obstacle réside dans le décalage entre l’information et les comportements. Si la majorité de la population connaît aujourd’hui les modes de transmission du paludisme et les moyens de s’en protéger, cette connaissance ne se traduit pas toujours par des pratiques régulières. L’utilisation des moustiquaires imprégnées reste inconstante, certaines étant jugées inconfortables en période de forte chaleur ou détournées de leur usage initial. La sensibilisation, aussi intensive soit-elle, ne suffit donc pas à provoquer un changement durable des habitudes.
À cette difficulté s’ajoutent des conditions de vie qui favorisent la prolifération des moustiques. Dans de nombreuses localités, les eaux stagnantes, les caniveaux obstrués, l’insuffisance des systèmes d’assainissement et l’urbanisation désordonnée créent un environnement propice au développement des vecteurs du paludisme. Dans ce contexte, les efforts individuels de prévention se heurtent à des problèmes collectifs qui dépassent la seule responsabilité des ménages.
Les contraintes économiques constituent également un facteur déterminant. Certaines familles, confrontées à des revenus limités, privilégient d’autres dépenses jugées plus urgentes que l’achat de produits de protection ou le recours rapide aux soins. Le retard dans la consultation médicale favorise l’aggravation des cas et augmente le risque de complications, notamment chez les enfants et les femmes enceintes, les plus vulnérables face à cette maladie.
Par ailleurs, le recours persistant à l’automédication et aux traitements traditionnels retarde souvent une prise en charge adaptée. Convaincus de pouvoir traiter eux-mêmes les premiers symptômes, de nombreux patients attendent que leur état se dégrade avant de se rendre dans un centre de santé. Cette pratique compromet l’efficacité du traitement et contribue à maintenir un niveau élevé de morbidité.
La lutte contre le paludisme souffre aussi d’un essoufflement de la mobilisation. Les campagnes de sensibilisation sont souvent intensifiées à certaines périodes de l’année, notamment pendant la saison des pluies, puis s’estompent progressivement. Or, la prévention exige une action continue, associant autorités sanitaires, collectivités locales, établissements scolaires, organisations communautaires et citoyens.
Les effets du changement climatique, caractérisés par des pluies irrégulières et des périodes prolongées d’humidité, modifient les conditions de reproduction des moustiques et compliquent davantage les stratégies de lutte. Les réponses sanitaires doivent désormais intégrer ces nouvelles réalités environnementales afin d’anticiper les risques plutôt que de les subir.
La persistance du paludisme ne traduit pas uniquement une insuffisance des campagnes de sensibilisation. Elle met en évidence la complexité d’un problème où les dimensions sanitaires, sociales, économiques, environnementales et comportementales sont étroitement liées. Réduire durablement le poids de cette maladie suppose de dépasser la seule diffusion de messages de prévention pour construire une réponse globale, fondée sur l’amélioration du cadre de vie, le renforcement des services de santé et l’engagement permanent de tous les acteurs.
Samuel Eniola DAGBA (Stg)
Véridique Infos, parce que vous le méritez le meilleur de l’information !
